Moite Maria

Maria aimait son lit « au carré », à l’image des couches d’hôtels discounts de banlieues. Leurs linceuls blancs sans odeur bordent les nuits rêches et jetables des bords d’autoroutes. Les matins, ses draps se trouvaient à peine défaits par un sommeil de cyclope dont elle sortait toujours fatiguée et pressée. Ni une ni deux, le lit était refait sans avoir même eu le temps de refroidir, comme pour conjurer les bruits et les lueurs bleues LCD de ses insomnies.

Mais ce matin-là, elle se réveilla dans des draps moites et des oreillers chiffons. Le fond de gorge sec et ronflé, elle eut peine à sortir d’un sommeil abyssal fait de songes interdits et d’aurores boréales. Lèvres humides, lacérations de plis sur le front, haleine chargée des baisers de Morphée, à peine debout et déshabillée du superflu, elle ferma à nouveau ses yeux gonflés d’iode. Elle prit alors le temps de se laisser tomber à la renverse de tout ce corps lui semblant subitement étranger, dans un refus conscient d’affronter le petit matin.

D’un demi-sourire, elle se laissait nonchalamment gagner par une envie irrépressible de retrouver sa ligne de flottaison nocturne. Bercée par une houle de draps froissés, restes d’ouragan 50 % coton - 50% Polyester, les bras en croix, étoile de mer, sirène alanguie, naufragée de la nuit, d’une insouciance retrouvée : elle flottait. (...)

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